Conduite à tenir devant une protéinurie Par Véronique Hentgen

Pédiatre, CHI de Créteil, France.

I. La fonction rénale : rappels

Les reins exercent deux fonctions au plan métabolique, en excrétant une urine de volume et de composition très variables :

- l'élimination de déchets du métabolisme,

- la récupération de métabolites utiles (glucose ... ).

L'urine normale contient en quantités variables des électrolytes (Na, K, Mg, Ca ... ) et certains constituants organiques (urée, acide urique, créatinine ... ).

La présence d'une protéinurie traduit une pathologie qu'il faudra rechercher.

Il. Définition

Une protéinurie est définie comme l'élimination pathologique dans les urines d'une quantité de protéines supérieure à 150 mg (soit 0,15 g) par 24 heures.

III. Circonstances de découverte

- au cours d'un dépistage systématique par un examen avec une bandelette urinaire,

- au cours de l'exploration d'un syndrome oedémateux,

- au cours de la surveillance d'une grossesse,

- au cours d'un bilan d'une hypertension artérielle ou d'une maladie générale.

IV. L'affirmation d'une protéinurie

1. Examen par test des bandelettes (bandelette urinaire)

- urines alcalines,

- sels d'ammonium dans le récipient (désinfectant type Cétavlon®, Biocidan®).

2. Dosage de la protéinurie des 24 heures

Toute protéinurie dépistée lors d'un examen par bandelette urinaire devrait être confirmée par un dosage de la protéinurie des 24 heures. Cet examen nécessite la présence d'un laboratoire.

- vider la vessie le matin au lever, aux toilettes.

- A partir de ce moment, recueillir les urines de toutes les mictions dans un récipient propre, soigneusement rincé.

- Le lendemain matin, au lever, vider la vessie dans le récipient.

- Apporter le récipient au laboratoire pour dosage de la protéinurie des 24 heures (résultat exprimé en mg ou g/24 heures). Il existe une protéinurie pathologique, si le dosage des protéines est supérieur à 150 mg (ou 0,15 g) par 24 heures.

3. Après affirmation de la présence d'une protéinurie, il est nécessaire de :

V. Orientation diagnostique

1. Protéinuries de diagnostic facile

a) Protéinurie intermittente :

Ces protéinuries disparaissent spontanément ou après le traitement de leur cause.

b) Protéinurie contemporaine d'une infection urinaire :

présence d'une protéinurie et surtout d'une leucocyturie sans germes retrouvée à l'ECBU.

c) Protéinurie orthostatique :

2. Protéinurie et hypertension artérielle

a) Chez le patient hypertendu ancien : la néphro-angiosclérose

La néphro-angiosclérose est la conséquence d'une hypertension artérielle ancienne non ou insuffisamment traitée. Elle se traduit par :

le traitement est celui de l'hypertension artérielle.

b) Chez la femme enceinte : la toxémie gravidique

La constatation d'une protéinurie associée à une hypertension artérielle chez la femme enceinte nécessite une prise en charge urgente. Effectivement, en cas de toxémie gravidique, la vie de la mère et de l'enfant sont en danger à très court terme. La prise en charge comporte :

3. Le syndrome néphrotique

a) Définition

Le syndrome néphrotique est défini par l'association :

Il en résulte un syndrome oedémateux diffus et une prise de poids anormale (prise de poids par rétention hydrosodée). Les oedèmes sont déclives, mous, blancs, indolores et prennent le godet.

Le caractère pur du syndrome néphrotique est affirmé devant l'absence :

b) Traitement - régime sans sel strict,

- restriction hydrique (fonction de la gravité des oedèmes),

- apports protidiques suffisants pour maintenir un état nutritionnel correct.

- corticothérapie : 2mg/kg/jour jusqu'à disparition de la protéinurie, puis décroissance progressive, avec arrêt en 4 mois.

4. Le syndrome névritique post-infectieux

Il s'agit d'une atteinte rénale faisant suite à une infection habituellement streptococcique (angine, scarlatine, infection cutanée ... ), non ou insuffisamment traitée. Cette affection touche en majorité les enfants entre 2 et 10 ans.

a) Le syndrome néphritique se caractérise par l'association :

b) Traitement 5. Les autres protéinuries

Elles nécessitent une prise en charge spécialisée. On peut citer :

VI. Conclusion

La découverte d'une protéinurie doit conduire à une enquête étiologique dont le but est de déterminer si cette protéinurie est en relation avec une affection qui peut être prise en charge au centre de santé ou s'il s'agit d'une protéinurie qui s'intègre dans le cadre d'une maladie plus générale, nécessitant une prise en charge dans un centre spécialisé. Un examen clinique soigneux et quelques examens complémentaires faciles à réaliser, permettent dans la majorité des cas d'orienter le diagnostic et de mettre en place le traitement adapté.

Développement et Santé, n°161, octobre 2002